Le Haut Conseil de l'Evaluation de l'Ecole [
http://cisad.adc.education.fr/hcee/] avait demandé un rapport sur
l'enseignement des langues étrangères comme politique publique à Monsieur François Grin, citoyen suisse, professeur d'économie à l'Ecole de traduction et d'interprétation à l'université de Genève et directeur adjoint du SRED, Service de la recherche en éducation.
Le Haut Conseil faisait suite à la demande du ministère de l'éducation nationale qui voulait un avis sur
l'enseignement des langues étrangères et plus particulièrement sur le statut de l'anglais comme première langue vivante étrangère.
Le rapport GRIN
On peut le trouver ici :
http://cisad.adc.education.fr/hcee/documents/rapport_Grin.pdf.
On constate que
le « laisser faire » conduit à l’hégémonie de l'usage de la langue anglaise, notamment dans les échanges internationaux, comme dans l’enseignement. :
L'hégémonie linguistique exercée par l’anglais [...] s’avère inefficace en termes d’allocation des ressources, injuste en termes de distribution des ressources, dangereuse pour la diversité linguistique et culturelle, et préoccupante quant à ses implications géopolitiques.
On trouve l'étude de trois scénarii :
- le « tout-à-l'anglais » ;
1) le Royaume-Uni gagne, à titre net, au minimum 10 milliards d’Euros par année du fait de la dominance actuelle de l’anglais ;
2) si l'on tient compte de l’effet multiplicateur de certaines composantes de cette somme, ainsi que du rendement des fonds que les pays anglophones peuvent, du fait de la position privilégiée de leur langue, investir ailleurs, ce total est de 17 à 18 milliards d’Euros par année ;
3) ce chiffre serait certainement plus élevé si l'hégémonie de cette langue venait à être renforcée par une priorité que lui concéderaient d'autres États, notamment dans le cadre de leurs politiques éducatives respectives ;
4) ce chiffre ne tient pas compte de différents effets symboliques (comme l’avantage dont jouissent les locuteurs natifs de la langue hégémonique dans toute situation de négociation ou de conflit se déroulant dans leur langue) ; cependant, ces effets symboliques ont sans doute aussi des répercussions matérielles et financières ;
- le plurilinguisme ;
[Ce] scénario [...] ne réduit pas les coûts, mais les inégalités entre locuteurs ; toutefois, étant donné les forces à l'oeuvre dans la dynamique des langues, il présente un risque certain d'instabilité, et exige tout un train de mesures d'accompagnement pour être viable ;
- l'esperanto.
[Ce] scénario [...] apparaît comme le plus avantageux, car il se traduirait par une économie nette, pour la France, de près de 5,4 milliards d'Euros par année et, à titre net pour l'Europe entière (Royaume-Uni et Irlande compris), d'environ 25 milliards d'Euros annuellement.
Et il conclut :
Les fréquentes réactions de rejet à l’égard de l'espéranto rendent impraticable la mise en oeuvre à court terme du scénario 3. Il peut par contre être recommandé dans le cadre d'une stratégie de long terme à mettre en place sur une génération. Deux conditions sont toutefois critiques pour son succès : premièrement, un très gros effort d'information, afin de surmonter les préventions qui entourent cette langue — et qui sont en général basées sur la simple ignorance — et d'aider les mentalités à évoluer ; deuxièmement, une véritable coordination entre États en vue de la mise en oeuvre commune d'un tel scénario.
Du coup :
À court et moyen terme, le scénario 2, c’est-à-dire celui du « plurilinguisme », est préférable, ne serait-ce que parce qu'il jouit d’une plus grande acceptabilité politique. [...] Ce scénario 2 comporte pourtant des risques d’instabilité et d’érosion en faveur de l’anglais, ce qui constitue un argument en faveur du scénario 3. Toutefois, si des mesures d’accompagnement peuvent garantir la stabilité à long terme d’un véritable plurilinguisme, le scénario 2 peut constituer une stratégie de long terme.
Merde, c'est foutu.
L'avis du HCEE
Mais qu'est-ce que le HCEE ? Sur leur site [
http://cisad.adc.education.fr/hcee/], on trouve :
Créé par décret du 16 novembre 2000 le Haut Conseil de l'évaluation de l'école n'a pas pour mission d'évaluer l'école, mais de faire l'état de l'évaluation de celle-ci.
Hum, c'est super clair. Bon, passons...
Ils ont donc à la réception du rapport qu'ils avaient commandé, émis un avis de 4 pages qu'on peut trouver ici [
http://cisad.adc.education.fr/hcee/documents/avis19.pdf].
Comme on pouvait s'y attendre, on remarque que l'esperanto passe assez vite à la trappe. On lui trouve bien des mérites :
ce [...] scénario serait incontestablement le meilleur,
mais basta... :
S'il constate qu’un raisonnement économique devrait conduire à promouvoir une langue de communication universelle, le Haut Conseil sait qu'une telle orientation n'est pas concevable dans l'état actuel des choses en Europe, notamment parce qu'une telle langue ne peut être associée à aucune sphère linguistique et culturelle.
C'est mignon ça, la sphère linguistique et culturelle. C'est sur que les choses ne seraient pas facile, mais bon faut se forcer un peu dès fois, si on veut pas être obligé de vivre avec une sphère linguistique et culturelle anglo-saxonne.
Donc du coup on repart sur ce bon vieux plurilinguisme, qui
pour être viable exige des mesures d'accompagnement [pour] ne pas revenir à bref délai au « tout-à-l'anglais. »
Et la cerise sur le gâteau :
Ces mesures ne peuvent être qu'européennes (en gras dans l'avis).
Ah ! cet art qu'ont nos élites d'utiliser l'Europe comme on botte en touche.
Bon, trêve de blabla, ils proposent :
1) que la France continue à ne donner ni caractère obligatoire, ni primauté à l’enseignement de l'anglais [...].
Ca va contre le rapport Thélot qui demandait qu'il soit obligatoire, c'est déjà ça, mais ça ne change pas grand chose puisque d'eux même les gens le choisissent majoritairement en langue vivante 1.
2) que la France, qui doit affirmer sa volonté de s'opposer au monopole d’une seule langue de communication internationale, s'emploie à démontrer à ses partenaires l'intérêt qu'ils auraient, comme elle, à se donner les moyens de promouvoir un plurilinguisme effectif en Europe [...].
C'est beau, mais je voudrais bien voir des actes concrets.
Quand on voit que la France ne défend même plus la francophonie, cf la situation des lycées français à l'étranger...
3) qu' [...] elle promeuve l’enseignement d’au moins deux langues vivantes étrangères pour tous les élèves [...].
Dans l'enseignement général, c'est déjà ce qui est fait. Révolutionnaire donc...
4) que l’enseignement de toutes les langues vivantes étrangères soit plus orienté sur la communication orale et écrite [...]
Euh ? C'est pas ce qui est fait... On n'apprendrait pas à l'heure actuelle une langue pour communiquer ?
Pas besoin d'avoir fait 22 ans d'études pour voir que ce n'est pas ça qui va arrêter l'envahissement de la langue anglaise dans la communication internationale, mais voire aussi nationale (regarder les pubs, les noms de produits, etc.).
Encore bien du temps et de l'argent perdu. Rigolez pas trop, c'est votre pognon aussi...
Ce qu'y aurait été intéressant comme propositions en plus :
5) que l'on forme des éducateurs pour la langue esperanto ;
6) que l'esperanto soit introduit à l'école primaire ou au moins au collège, à raison d'une heure par semaine par exemple ;
7) que l'esperanto soit inscrit dans les épreuves facultatives du baccalauréat.
Et qu'on se bouge le cul maintenant, parce qu'à attendre que les autres en fasse autant, on parlera tous en globish d'ici là.
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